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vendredi 13 février 2015

Intéressés par l'art contemporain ? Les Amis du Frac vous ouvrent la porte

Les Amis du Frac au Frac Nord-Pas-de-Calais, en avril 2014. Œuvres de Latifa Echakhch et Fabrice Hyber. 


"Prenez part au développement du Frac Bretagne et bénéficiez de rendez-vous privilégiés". Mmmh intéressant ! C'est ce qu'affiche une brochure glanée au Fonds régional d'art contemporain (Frac), implanté au nord de Rennes, quartier Beauregard. L'impressionnante bâtisse noire héberge et expose une des plus grandes collections françaises d'art contemporain.
Mais qui diffuse cette brochure ? Les Amis du Frac. L'association propose "de faire partager au plus grand nombre la connaissance de l'art d'aujourd'hui".



Pour en savoir plus, j'ai rencontré Anne-Marie Conas. C'est elle qui, en 2010, en collaboration avec Josette Couzigou, a créé Les Amis du Frac. Au départ pour accompagner l'installation du Frac Bretagne à Rennes. Depuis, elle n'a pas quitté le poste de présidente. L'étape n'a pas été difficile à franchir. Avant d'être en retraite, elle a dirigé le service culturel de l'université Rennes 2, à Villejean. La galerie Art & Essai du campus était régulièrement en contact avec le Frac Bretagne.



Qu'entendez vous par "faire partager au plus grand nombre la connaissance de l'art d'aujourd'hui" ?

Nous voulions que des personnes n'ayant jamais mis les pieds dans un centre d'art contemporain, passent la porte, qu'elles se sentent à l'aise vis à vis d'artistes ou de pièces qu'elles ne connaissent pas, et surtout qu'elles puissent en discuter.
Œuvre de Anne et Patrick Poirier. Collection. Un rêve d'éternité
Le but est me semble-t-il atteint. Les adhérents sont aujourd'hui capables d'enthousiasme ou de ne pas aimer, mais ils argumentent.
C'est la même chose pour moi. L'art d'aujourd'hui m'intéresse car il dépasse souvent les règles traditionnelles du "beau" et nous interroge davantage sur notre société. Par exemple, je trouve très intéressant le travail des Poirier, exposé actuellement au Frac Bretagne (Collection. Un rêve d'éternité. Jusqu'au 26 avril. NDLR), sur la mémoire et l'histoire.



Comment approchez-vous l'art contemporain ? Vous organisez des activités ?

Pour chaque exposition du Frac Bretagne, les amis ont droit à une visite privée et commentée, deux heures avant le vernissage.
A côté de cela, nous organisons à peu près quatre sorties par an, selon l'actualité artistique.
Il y a d'abord le voyage, l'activité la plus prisée. Il dure quatre jours. Fin juin, nous partirons donc à Eindhoven, au Pays-Bas. La Van Abbemuseum accueillera une exposition présentant les œuvres de tous les Frac. Nous enchaînerons avec Mons, en Belgique, nommée cette année capitale européenne de la culture. Nous en profiterons pour visiter l'exposition de Christian Boltanski.
Les années précédentes, nous sommes allés à la biennale de Venise, à Londres, à Marseille, capitale européenne de la culture en 2013. Chaque expédition se fait en collaboration avec le Frac Bretagne, qui assure la médiation.
L'autre incontournable, c'est la sortie de l'été à l'Art dans les chapelles : un parcours pour découvrir des œuvres d'art contemporain, installée pour l'occasion dans des chapelles bretonnes.
Puis en septembre, nous visiterons la Biennale d'art contemporain de Lyon.


Les Amis du Frac à l'exposition Festin de l'art, à Dinard, juillet 2014.



Vous rencontrez aussi des artistes ?

Cette année, nous mettons en place le projet "Une saison avec un artiste". Le principe : créer un lien avec un plasticien intégré dans la collection du Frac. Le choix s'est porté sur Samir Mougas. De février à juin, nous le rencontrerons à quatre reprises. Nous découvrirons comment il travaille, comment il vit. Nous irons dans son atelier, visiterons avec lui un musée ou une collection en Bretagne. Samir Mougas nous présentera ses amis artistes.



Aidez-vous le Frac Bretagne à acquérir des oeuvres ?

Le mécénat n'est pour le moment pas notre priorité ; nous n'avons pas les moyens. Notre budget annuel s'élève à 3500 - 4500 €. Nous consacrons 500 € à une opération de soutien, une somme insuffisante pour enrichir la collection du Frac Bretagne. Elle servira cette année à financer le projet "Une Saison avec un artiste".



Combien l'association compte-t-elle d'adhérents et qui sont-ils ?

On compte à peu près 145 adhérents : en majorité des femmes, des retraités, enseignants ou ayant exercé dans le secteur culturel. 70 à 80 d'entre eux ont adhéré dès la création de l'asso et lui sont restés fidèles. 50 personnes sont très actives. C'est à dire, qu'elles assistent aux vernissages, pas seulement in situ, mais aussi à l'extérieur.
Bien que l'association ait une dimension régionale, 90 % des adhérents habitent en Ille-et-Vilaine. Mais quatre des douze membres du conseil d'administration sont finistériens.



On associe pourtant plus facilement jeunesse et art contemporain ?

On essaie d'ouvrir l'association à d'autres classes d'âge. On a mis en place un dispositif de parrainage. C'est à dire qu'un adhérent peut décider, pour un an, de payer l'adhésion à 15 € d'une personne de moins de 40 ans. Résultat : on a eu intégré une dizaine de personnes âgées de 30 à 40 ans. Mais pas d'étudiants. Cela s'explique : ces derniers ont facilement accès à l'art contemporain, ils n'ont pas besoin d'une association.



Vous avez créé un événement important : le rassemblement national des Amis du Frac.

Oui, que l'on a appelé Besoin d'amis. Il y a 23 Frac en France et 11 associations Amis du Frac. Avec le soutien de Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne, nous avons rassemblé 10 d'entre elles en octobre dernier. Un vrai succès pour nous ! 60 personnes sont venus des quatre coins de la France pour échanger, débattre sur la territorialité, le mécénat, la vie associative et le soutien à la création.
On espère renouveler l'événement tous les deux ans, à chaque fois dans une ville différente.



Les Amis du Frac Bretagne invitent les autres associations d'Amis de Frac, "Play Time", biennale de rennes, musée des Beaux-Arts, octobre 2014.


Renseignements : sur le site du Frac Bretagne et la page Facebook des Amis du Frac.

mardi 6 janvier 2015

À Rennes, Doonarts prête des œuvres pour quelques dizaines d'euros

Accrocher chez soi une œuvre d'art sans casser sa tirelire, c'est ce que propose Doonarts, l'arthotèque créée il y a un an au Rheu, commune située à l'ouest de Rennes. Le principe est calqué sur celui d'une bibliothèque. Pour quelques dizaines d'euros, il est possible d'emprunter un tableau pour une durée minimum de trois mois.

La majorité des bénéfices aux artistes

Comment ça marche ? Il faut choisir dans le catalogue, bientôt accessible par internet, la création qui
nous plaît. L'artothèque nous la prête pour minimum trois mois. L'offre est aussi ouverte aux entreprises et collectivités
Le coût de la location varie selon la taille de la production : de 10 à 50 € par mois pour les particuliers et de 30 à 100 € par mois pour les entreprises et collectivités.
Doonarts s'occupent de livrer et installer les œuvres.

Doonarts est une association a but non lucratif. 70 % des bénéfices de chaque location reviennent à l'artiste. Le reste finance les frais indispensables de l'organisation.

Le projet est né de l'idée de Cathy Piton, 53 ans, cadre administratif dans une association qui gère des foyers de vie pour handicapés, et Lore Escabasse, 41 ans, plasticienne diplômée des Beaux-Arts de Rennes. "Mon compagnon, Xavier Gaillourdet, peint beaucoup. Je m'y suis remise aussi, témoigne cette dernière. On n'avait plus de place pour accrocher tous les tableaux, alors on en prêtait à des amis. De là est venue l'idée d'étendre le principe à un plus large public."
De même pour Cathy Piton. Elle est entourée de deux artistes-peintres : sa fille, Juliette Bidon et son mari, Gildas Piton. "Notre grenier était devenu la caverne d'Ali Baba", rapporte-t-elle.

Les créatrices du projet : Lore Escabasse et Cathy Piton.

Pour l'instant, huit artistes proposent de louer leur travail : Juliette Bidon, Xavier Gaillourdet, Daoud, Pierre Nikiema, Gildas Piton, Tushgun, Béatrice Lambert, Lore Escabasse. Des noms probablement pas méconnus du public, puisque ils ont pour la plupart déjà écumé les lieux d'exposition.
On peut clairement différencier leur style (voir diaporama ci-dessous) : ambiances urbaines, objets du quotidien détournés, peintures surréalistes inspirées de voyage, personnages aux contours énergiques et puissants, paysages et scènes musicales aux formes cubistes, classiques revisités à la sauce acide, créations instinctives, exotisme au féminin.

Expo collective et atelier ouvert au public

Le cercle est amené à s'agrandir. "L'idéal serait de parvenir à fédérer une vingtaine d'artistes."  Pour varier de la peinture, "les photographes et sculpteurs sont les bienvenus".



Rennesdessorties sur ComBoost


L'artothèque a déjà honoré une commande, celle de La Feuille d'érable. L'entreprise rennaise, spécialisée dans le recyclage papier, a loué trois tableaux.


Doonarts n'a pas seulement vocation à prêter des œuvres, elle ambitionne aussi de "rapprocher les artistes et le public, mais également les artistes entre eux".
Des projets ? Monter des expositions collectives ; trouver un lieu, si possible au Rheu, où les artistes pourraient créer ensemble et où le public pourrait assister à la production.

Contact : 02 99 50 08 19 ; doonarts.totheque@gmail.com ; page Facebook





lundi 29 décembre 2014

En travaux, 40mcube exporte sa programmation d'art contemporain



Au 48 avenue Sergent-Maginot, la galerie 40mcube est fermée temporairement en raison de travaux. Mais son activité, produire et exposer des artistes contemporains, continue.

Entretien avec Cyrille Guitard, responsable des publics à 40mcube.


Quels travaux sont prévus au 48 avenue Sergent-Maginot ?

Un immeuble d'habitation sera bâti en bord de rue. La Ville profite de ce chantier pour nous construire de nouveaux bureaux. Ils se situeront dans une aile qui reliera cet immeuble à l'espace d'exposition. Concernant celui-ci, seule la façade sera entièrement rénovée. Le reste ne sera pas touché par les travaux.
S'il est difficile de prévoir avec précision la date de fin de chantier, nous estimons pouvoir revenir au 48 avenue Sergent-Maginot à la fin de l'année 2016.

Où logez-vous en attendant ?

L'administration a emménagé dans de nouveaux bureaux, au rez-de-chaussée d'une maison appartenant à la Ville de Rennes, au 128 avenue Sergent-Maginot.

Mais les expositions d'art contemporain ne s'arrêtent pas...

Nous mettons en place une programmation baptisée Outsite. Elle se déroulera dans différents lieux. En 2015, nous ferons ainsi le commissariat et nous assurerons la coproduction de plusieurs expositions : Hans Op de Beeck aux Champs libres ; Maud Maris au musée des Beaux-Arts ; Claudia Comte à la galerie Art & Essai de l'université Rennes 2 ; une exposition collective au Frac Bretagne.
Nous sommes également invités à établir une programmation d'artistes au cinéma Zumzeig à Barcelone.



lundi 13 octobre 2014

Street-art à Rennes. Qui a peint les dragons cracheurs ?



Alors que je déambulais, la tête en l'air, dans le centre-ville rennais, j'ai remarqué plusieurs petits carrés dans lesquels sont peints des dragons. Entortillées, la gueule ouverte, les bestioles colorées semblent cracher sur les murs.
J'en ai compté une bonne dizaine, collées sur les façades, en hauteur : rue Saint-Malo, rue Baudrairie, rue d'Estrée, rue Nationale, quai Châteaubriand, rue d'Orléans, quai Lamartine, rue de la Borderie, rue du Champ-Jacquet, etc.

Divinité américaine

Qui a lâché ces jolis montres ? J'ai enquêté sur le net.



Ces bêtes ne sont en fait pas des dragons mais des Quetzalcóatl, nom donné à une des principales
divinités précolombiennes : le serpent à plume.

Elles sont l'œuvre d'Oré. Ce pseudo cache un artiste originaire de Caen, âgé de 39 ans, très célèbre dans le milieu du street-art. Depuis 25 ans, il peint, tag, graffe, colle sur les murs. Ce sont ses voyages au Mexique qui lui ont inspiré ses Quetzalcóatl.

Vendus aux enchères



Dans une interview parue en 2011, sur le site Streetlove, il revendiquait avoir collé, depuis 2006, plus de 600 pièces du serpent à plumes. Et ce, aux quatre coins de France : Paris, Angers, Marseille, Pau, Lyon, Toulouse, Strasbourg...L'invasion rampe même jusqu'à l'étranger : Athènes, Hambourg, Bilbao, Vancouver, Mexico, Berlin, etc.

Plus que de simples apparats muraux, ces carrés de peintures sont considérées comme de précieuses œuvres d'art, très recherchées par les amateurs de street-art - on ne parlera pas de ces indélicats qui les arrachent à la rue, pour les vendre sur E-Bay.
En effet, les Quetzalcóatl voguent d'expos en festivals, de galeries en vente aux enchères. Le 25 octobre prochain, deux serpents à plumes seront présentés à l'hôtel de ventes de Lisieux.






mercredi 8 octobre 2014

Expo à La Criée. Dépôt-vente, galerie d'art ou temple mystique ?

Jusqu'au 30 novembre, dans le cadre de la Biennale 2014, la Criée expose les installations de Gareth Moore. J'ai testé. Au départ désorientée, j'ai fini quasi prosternée devant des oeuvres aussi puissantes que les stèles religieuses.





Alors que je m’apprête à entrer dans La Criée pour voir l’expo Household temple yard, une affiche collée sur la porte me perturbe. Elle m’annonce que le centre d'art héberge une vente d’objets : " toutes tailles et tous styles", " de - 5 à - 20 % sur les temples abîmés "
Me serais-je trompée d'endroit ? Non, " l'artiste créé un lieu à la croisée entre galerie d'art et galerie marchande, lieu culturel et lieu cultuel ", m'explique-t-on.

  A l’intérieur, le musée ressemble à une mini-brocante. Une trentaine de vieilles choses, appelées " temples ", trônent côte à côte sur de basses étagères : un bloc de granit creusé, une table miniature, un tiroir isolé, une pierre sur laquelle repose des pièces rouillées, une branche d’arbre, etc. 

Vénérer les rebuts



  " Ce sont des objets trouvés par l’artiste au gré de ses voyages ", informe la médiatrice. Habituellement considérés comme des déchets, Gareth Moore s’intéresse à les "réhabiliter."
Je ne peut m’empêcher de penser à l’arte povera. Avec très peu de moyens, Gareth Moore élève des objets du quotidiens à un rang d’art. 

  Et même plus, ils les sacralisent. En effet, alors qu’au centre de la pièce s’échappe de l’encens, que le silence règne, l'atmosphère m'encourage à me recueillir, à méditer devant ces oeuvres épurées, marquées par le temps, érigées comme des totems.

12 000 € par objets

  L’interprétation s’arrête là, " le créateur refuse de donner quelconque signification à ses installations, prévient la médiatrice. Libre à celui qui les acquière de leur attribuer le sens ou la fonction qu’il souhaite "


Car ces articles sont à vendre. Un catalogue est mis à disposition dans la galerie. Combien ça coûte ? " On ne peut donner de prix précis, mais il faut compter environ 12 000 € par temple ", confie la médiatrice. Je me contenterais de regarder…




Jusqu'au 30 novembre, au centre d'art La Criée, place Honoré Commeurec, Rennes. Entrée libre. Site internet : www.criee.org

vendredi 15 août 2014

Expo à La Criée. Les formes géométriques structurées comme un langage.

Plus que quelques jours pour voir la première exposition en France d'Amalia Pica, One Thing after another. L'artiste argentine présente, à La Criée, un ensemble de sculptures ainsi qu'un film, dans lesquels les formes géométriques de couleurs différentes, et leur agencement, invitent à réfléchir à la construction du langage.




Le film montre différentes formes géométriques colorées au repos, puis manipuler par des performeurs. 
A chacune des formes est arbitrairement attribuée une syllabe. De fait, quand les performeurs les disposent côte à côte, cela crée des mots : Morimalo, Marediro, Simolima, etc. Mais dont le sens reste abstrait.

"Ce travail manifeste l'intérêt d'Amalia Pica pour les systèmes de communication et les alphabets alternatifs, comme par exemple le Morse, les radars ou encore les drapeaux, qui peuvent apparaître comme simple "bruits" si on n'en possède pas les codes. Les mots du film peuvent aussi sembler abstraits, pourtant ils décèlent une logique langagière susceptible de faire sens commun." (source : La Criée)



Les quatre sculptures, qui rappellent les courants minimaliste et constructiviste, sont des structures en métal auxquelles sont suspendus des formes géométriques en plexiglas. Les mêmes que dans le film. Et pour cause, les oeuvres figent dans le réel les différents compositions formées par les performeurs. "Composant ainsi autant d'interprétations et de récits possibles".

"Les oeuvres de Pica évoquent les systèmes d'échange, de transmission et de réception de l'information, en même temps qu'elles proposent une relecture des avant-gardes et de l'abstraction" (sources : La Criée )

Du 5 juin au 17 août, à La Criée, place Honoré de Commeurec. Ouvert du mardi au vendredi, de 12 h à 19 h et du samedi au dimanche, de 14 h à 19 h. Entrée libre et gratuite.





vendredi 8 août 2014

Cinq bonnes raisons de visiter, ou pas, l'expo Dessiner, pour créer

Dessiner pour créer montre pour la première fois une importante sélection de plus de cent dessins français des plus grands artistes des XVIe et XVIIe siècles français (Jacques Bellange, Simon Vouet, Eustache Le Sueur, Noël Coypel…). Une exposition qui vaut avant tout parce qu'elle témoigne d'une époque et des techniques de grands maîtres.

 
À gauche : Noël Coypel, étude pour la calomnie. À droite : Nicolas Chaperon, un satyre. | Jean-Manuel de Salingue, musée des beaux-arts de Rennes.

Une collection unique de dessins

Une chance, le musée des Beaux-Arts de Rennes possède une des plus importantes et remarquables collections de dessins : près de 1500 spécimens issus en grande partie du cabinet de curiosités du marquis de Robien. Pour l'expo qui nous intéresse, le musée en a sélectionné une centaine datant des XVIe et XVIIe siècles. C'est beaucoup, peut-être trop. Il est difficile de les apprécier en une seule fois sans saturer. D'autant que le dessin demande souvent une grande attention pour bien discerner les traits.

La maîtrise de l'outil

Qui n'a jamais rêver de connaître les dessous d'un tableau ? Les techniques des grands maîtres ? Hachures, dessin à la pointe ou sur la tranche, travail d'estompe et d'ombrage, rehaut de lumière...Comme l'indique le titre de l'expo, Dessiner pour créer, les oeuvres témoignent admirablement du travail de l'artiste. On devine les gestes de sa main qui élaborent l'esquisse.



La liberté du trait

L'avantage de l'esquisse ? L'artiste, parce qu'il s'agit d'un brouillon, ne craint pas de se tromper. On observe de fait une grande spontanéité dans le geste. À admirer, l'énergie avec laquelle Simon Vouet a élaboré ses dessins, notamment L'Étude d'homme drapé à mi-corps. Ils vibrent et vivent.
De même, par définition, les créateurs ne sont pas tenus de densifier ou achever une esquisse. Le rendu n'en est que plus poétique. Un bon exemple : La Tête de vieillard croquée rapidement par le maniériste Jean Boucher. Lequel n'a choisi d'accentuer que les yeux, siège de l'expression. Le reste n'est que suggéré, laissant libre court à l'imagination.

Raconteurs d'(H)histoire

Quelques soit la technique, la période, le courant, les dessins ont la vertu de narrer un événement. Quel bonheur de se replonger dans les vicissitudes de la mythologie ! Charles Carmoy a illustré Les Chasses de Diane. Son dessin de travail, qui deviendra à terme une tapisserie, cache de nombreuses scénettes à interpréter.
Il y a aussi les dessins religieux, les allégories, les portraits d'aristocrates...Tous témoins d'une époque

Du maniérisme exubérant au classicisme rigoureux

Le maniérisme, auquel l'exposition consacre une bonne partie, diffuse un lyrisme délicieux : courbes, lignes serpentines, posture théâtralisée presque sensuelle, etc. La plume fine et bouclée du maître Bellange, soulignée par un lavis, confère une grâce à sa femme esquissée.
Après le manièrisme, le classicisme s'impose en France par l'intermédiare d'un grand maître du genre, Poussin. Ce qu'on appellera l'Atticisme parisien. Il y a indéniablement une harmonie et une virtuosité dans les dessins classiques, particulièrement remarquables chez Dufresnoy. Mais cette recherche absolue de perfection finit par figer, et du même coup écraser la beauté. Le travail de Le Sueur, et surtout celui de l'académiste Noël Copel, laisse froid.

Jusqu'au 17 août, au musée des Beaux-Arts, 20, quai Emile-Zola, le mardi de 10 h à 18 h, du mercredi au dimanche de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h. Tarif : 5 €/3 €. Gratuit pour les moins de 18 ans, et pour tous, le premier dimanche du mois.


samedi 25 janvier 2014

Expo Safe sounds, La Criée

Musique traditionnelle, guerre, richesses de la terre... L'artiste libanais Ziad Antar présente son pays en sept vidéos



L'artiste : Ziad Antar est né en 1978 à Saïda, au Liban. Il partage sa vie entre le Liban et Paris. Après des études d'ingénieur agricole, il décide de se consacrer à l'art. Ses expositions fréquentent les musées prestigieux. Tels que la Tate Modern (Londres) en 2008 ; le Centre photographique d’Ile-de-France (Paris) en 2010 ; ou encore le Philadelphia Museum of Art (Pennsylvanie, États-Unis) en 2011. Il est Lauréat du prix Future Generation Art Prize 2010, décerné par le Pinchuk Art Centre (Kiev,Ukraine).


Une balade dans l'expo :  Je rentre dans la salle, il fait sombre. Les vidéos projetées éclairent un peu la pièce. C'est calme. Juste la médiatrice qui lit au fond. Et une personne qui consulte la plaquette d'exposition. Moi aussi, j'en prend une. Sans elle, la visite tournerait vite court. La Criée n'a pas l'habitude de proposer des oeuvres accessibles et limpides.

 



Je m'assois. Devant moi, passent trois vidéos. A gauche Des Oliviers : les arbres, les olives, des mains qui tâtent les fruits. A droite Saïda , les côtes maritimes du Liban, les étals de poisson. Le bleu fait échos au vert des olives. Le travail de la mer à celui de la terre. Au centre, une vidéo musicale :Night of love. J'ai des frissons. Hsin Jung au violon. Puis Charbel Aber, à la guitare. Deux interprétations différentes d'une chanson populaire arabe : Laylit Hobb.
L'ensemble est doux et harmonieux. Comme un pied de nez aux tensions communautaires que connaît le Liban.

Un peu d'humour. Derrière moi,  la vidéo La Souris. Un jouet téléguidé en forme de souris se heurte à un piège en bois, sur laquelle est écrit Lucifer. Sans jamais se faire attraper. "L'affrontement est ici ridiculisé, tourné à la dérision".
 

J'aime beaucoup la suivante, La marche turque. Le concept est ingénieux. Un pianiste joue la marche turque de Mozart. Les cordes de l'instrument ont été bloquées. On entend aucune musique, juste un son percussif. Celui des doigts qui tapent sur les touches. Pour Ziad Antar, "la dimension poétique disparaît et introduit une sorte de marche militaire. Évoquant l'élite de l'infanterie de l'armée Ottomane, lorsque l'Autriche récupéra la Hongrie à l'Empire Turc".

Au fond de la salle, derrière les rideaux : Safe Sound. L'artiste montre le quotidien de sa famille, dans ce qu'il a de plus banal. A part quelques bruits de bombes, rien ne montre qu'elle vit la guerre des 30 jours. Celle qui opposa le Hezbollah à Israël, en 2006.


Verdict : Depuis que je fréquente la Criée, c'est, selon moi, l'expo la plus intéressante. Elle stimule agréablement l'ouïe et la vue. Ziad Antar aime son pays, et nous le montre. Il se refuse de le réduire aux tensions communautaires. Quand bien même la guerre existe, il est inutile de multiplier les images voyeuristes : armes, bombardements, morts. C'est lui faire trop d'honneur. L'art permet de prendre du recul, d'éloigner la pulsion destructrice de l'homme et pourquoi pas de la contourner.







dimanche 12 janvier 2014

Exposition : De Véronèse à Casanova

 

Une belle expo pour une scénographie trop classique.



   Le musée des Beaux-Arts présente les fleurons des collections italiennes des musées de Brest, Dinan, Morlaix, Nantes, Quimper, Rennes, Vannes. Ainsi que "les plus belles œuvres des églises bretonnes". Soit 85 peintures des XVIe au XVIIIe siècles.

Émotion et virtuosité

  
Persée délivrant Andromède, de Véronèse


   Quelle plaisir de redécouvrir les scènes mythologique. Elles m'ont fait rêver dans les livres, le peintre me les donne à voir : Persée délivrant Andromède, de Véronèse ; Diane chasseresse, de Orazio Gentileschi ; Vénus endormie, de Nicolo Dell'Abate
De même pour les scènes religieuses catholiques. J'ai apprécié la virtuosité du Maniérisme : couleurs acides, théâtralisme, sophistication. Mais, j'ai préféré la période baroque. Pour contrer l'austérité décorative des protestants, le catholicisme prône la peinture "émotionnel". Le but : séduire les fidèles. "On multiplie les images plaisantes de saintes, héroïnes de l'ancien Testament ou de Vierge à l'Enfant, exaltés par la beauté des formes et des couleurs".
Moment fort également devant le réalisme cru de certaines représentations. Celles peintes par les émules du Caravage. Exemple :  Le martyre de Saint-Aggée
Mais, selon moi, le summum de la beauté arrive pendant la période rococo, la dernière partie de l'exposition. Dont les maîtres mots sont la joie, la grâce et la fantaisie. 
 

Mais...Mauvaise médiation

Vénus endormie, Nicolo dell'Abate

   Il y a trop d'oeuvres. C'est le problème de nombreuses expositions. Les musées sont fiers de montrer leur grande collection. Problème : le visiteur ne sait où donner de la tête, balaye les œuvres sans vraiment regarder.
Depuis Véronèse jusqu'à Casanova, les peintures sont classées par ordre chronologique, ou alors selon leur origine géographique (Rome, Gênes, Venise, Naples). Trop académique. A croire que le médiateur veut refaire la culture des visiteurs. Pourquoi pas une problématique plus intelligente, plus originale. Il y avait du potentiel : peintures religieuses/profanes, la mort dans la peinture italienne.
Bien vu les cartels pour renseigner les œuvres. Dommage qu'ils soient tous à taille égale . Certaines peintures demandent plus d'explications. Mais aussi d'être davantage mises en valeur.
Sinon, je trouve étonnant qu'une telle exposition, dans un musée municipal rennais, ne bénéficie pas d'audioguide. C'est tellement plus sympa. On peut à la fois admirer la peinture, et écouter son analyse.


De Véronèse à Casanova. Jusqu'au 2 mars 2014, au Musée des beaux-arts de Rennes, 20 quai Émile Zola